Un cas exceptionnel récemment rapporté dans Nature Medicine (Llibre-Guerra et al., 2025) décrit un homme de 75 ans, Doug Whitney, porteur d’une mutation de PSEN2 normalement associée au développement quasi systématique d’une forme héréditaire précoce de la maladie d’Alzheimer. Pourtant, ce patient est resté cognitivement intact bien au-delà de l’âge habituel d’apparition des symptômes, une situation sans précédent à ce jour. Malgré une charge amyloïde cérébrale importante, il présentait une pathologie tau remarquablement limitée, un profil inhabituel associé à la préservation des fonctions cognitives.

Dans un commentaire publié dans le Journal of Alzheimer’s Disease, Geoffrey Canet à l’IGF (Equipe « Neuroprotéomique et signalisation des pathologies cérébrales » animée par Philippe Marin) et Emmanuel Planel (Université Laval, Québec) proposent une hypothèse mécanistique originale : une exposition chronique à de fortes températures, liée au travail de Doug Whitney dans les salles des machines de navires militaires, aurait pu contribuer à cette résilience en modulant la protéostase et la clairance de tau. Cette hypothèse s’inscrit dans un ensemble croissant de données suggérant un effet bénéfique de la chaleur sur le cerveau, notamment les études épidémiologiques associant la pratique régulière du sauna à une diminution du risque de démence. Fondée sur des données précliniques, cliniques et épidémiologiques, elle a également suscité l’intérêt du magazine New Scientist, qui a consacré un article à ces travaux et à leurs implications pour la recherche sur la thermorégulation et la vulnérabilité cérébrale au cours du vieillissement.

Cette publication ouvre ainsi de nouvelles perspectives sur les mécanismes de résilience cérébrale et sur le potentiel thérapeutique de la chaleur dans les maladies neurodégénératives.

Exposition chronique à la chaleur comme modulateur potentiel de la pathologie tau dans la DIAD. Contrairement aux cas typiques de maladie d’Alzheimer autosomique dominante (DIAD), dans lesquels l’accumulation amyloïde précède une propagation diffuse de la pathologie tau et le déclin cognitif, le porteur résilient de la mutation PSEN2 décrit par Llibre-Guerra et al. présentait une charge amyloïde similaire mais un dépôt de tau restreint (au cortex occipital) ainsi qu’une cognition préservée. Nous proposons qu’une exposition chronique à la chaleur ait pu renforcer les mécanismes de protéostase et moduler la phosphorylation ainsi que la sécrétion de tau, contribuant ainsi à cette résilience.