Une étude menée par Joe McKellar, au sein de l’équipe «Virus à ARN et facteurs hôtes» animée par Karim Majzoub (IGMM, Montpellier), en collaboration avec Aurélien Fouillen et Sébastien Granier (équipe «Pharmacologie et biologie structurale des protéines membranaires») à l’IGF, révèle comment certains virus satellites «voyagent en passagers clandestins».
Un virus satellite dépend de la co-infection d’une cellule hôte par un virus auxiliaire pour se propager. Chez l’humain, l’exemple le plus connu est celui du virus de l’hépatite D, qui dépend des glycoprotéines de surface du virus de l’hépatite B pour infecter les cellules. Cette co-infection est responsable des formes les plus sévères d’hépatites virales. Chez plusieurs animaux, des deltavirus — structurellement proches du virus de l’hépatite D — ont été récemment identifiés et sont également associés à des co-infections affectant différents organes.
Bien que l’on sache que les glycoprotéines du virus auxiliaire sont essentielles à l’infection par les virus satellites, la manière dont ces virus s’associent restait jusqu’à présent inconnue. En combinant des approches microscopiques intégratives et corrélatives (microscopie électronique, microscopie à force atomique et microscopie de fluorescence), associées à des essais d’infectivité, les auteurs ont observé que les deltavirus ne se contentent pas d’emprunter les glycoprotéines du virus auxiliaire : ils voyagent directement avec celui-ci pour infecter les cellules, en utilisant une stratégie de type «cheval de Troie».
Fait remarquable, une fois à l’intérieur des cellules, le virus satellite peut ensuite poursuivre seul son cycle infectieux. Cette approche structure-fonction permet non seulement de comprendre comment les virus s’associent, mais aussi comment cette association favorise l’infection virale.
Ce travail a également montré que ce mécanisme d’infection est présent chez plusieurs espèces puisque le deltavirus de rat peut voyager avec le virus de la stomatite vésiculaire (VSV) chez les bovins, ou encore le virus de l’herpès simplex de type 1 chez l’humain, et le deltavirus de serpent peut utiliser le virus de serpent UGV‑1 pour infecter des cellules de serpent. Ces résultats suggèrent que ce mécanisme de propagation pourrait être utilisé par différentes espèces virales et pourrait être impliqué dans certaines pathologies humaines.
Alors, la prochaine fois que vous faites du covoiturage, méfiez-vous des passagers inattendus. 🚗🦠
Ce travail vient d’être publié dans la revue Cell.

Les virus satellites de type hépatite D, appelés deltavirus, ont récemment été découverts chez un large éventail d’animaux. On pensait que ces virus détournaient les glycoprotéines de virus auxiliaires afin de former des particules infectieuses. Ici, nous remettons en question ce paradigme et démontrons que les deltavirus sont empaquetés à l’intérieur des particules de virus auxiliaires, qu’ils utilisent comme des chevaux de Troie viraux pour entrer dans les cellules. Nous montrons que ce mécanisme conservé de « covoiturage » assure une propagation conjointe des deltavirus et des virus auxiliaires, favorisant ainsi la dissémination des deltavirus, élargissant leur gamme d’hôtes et étendant leur tropisme.

